Témoignages

Bulgarie, octobre 2019

Bogdan* dessine une maison. Nous sommes dans l’ancien réfectoire, une grande pièce soigneusement décorée de photos, dessins et productions des enfants et des jeunes qui vivent là. Pour la deuxième fois, nous venons proposer des ateliers de dessins à visée thérapeutique.

La maison de Bogdan reprend en de nombreux points celle de sa voisine, ainsi que celles que nous avions vues l’an dernier : murs vides (blancs, non remplis de couleur), toiture remplie de rouge et cheminée noire. Un archétype. Je demande à Bogdan de colorier la façade de la maison, il choisit le pastel noir. Il remplit consciencieusement toute la surface du mur de la maison avec le noir. Son coloriage achevé, je lui demande si parfois, ou souvent, il a peur et qu’il se sent perdu, seul dans la nuit. Milena assure une excellente traduction. Bogdan, surpris, me regarde dans les yeux et répond : « comment tu sais? »

Après quelques explications, Bogdan choisira de déchirer ce dessin. C’est un acte symbolique qui permet de prendre du recul sur le sentiment de peur et d’impuissance. Le lendemain, il dessinera une nouvelle maison, la colorera en jaune et ajoutera de la lumière aux fenêtres.

Nous étions 14, cette année, à animer ces ateliers qui se sont déroulés du 22 au 25 octobre dans les établissements Olga Skobeleva et Maria Louisa de Plovdiv. Et nous sommes ravis d’avoir pu à nouveau apporter notre contribution, en terme de soutien psychologique, à la belle oeuvre humanitaire de Bonne Mine en Bulgarie.

Sylvie et Valéry Lamoure

* Prénom choisi dans une liste de prénoms de garçon bulgares

Le groupe d'art thérapeutes, Maria Louisa
Le groupe d’Art Thérapeutes 2019

Emilie Loulelis, Art thérapeute à Annecy

 « Merci à Sylvie, Valéry, Geneviève et Patricia pour leur magnifique projet. Leur accompagnement très bienveillant, ainsi que leur formidable travail d’organisation en amont et sur place, m’ont permis de me sentir en confiance tout au long du voyage.

Cette expérience m’a permis de traverser et de dépasser certaines de mes peurs pour découvrir des possibilités insoupçonnées et en ressortir grandie.

Tant les rencontres sur place avec les enfants et les éducateurs, que le lien très fort et très beau avec le groupe d’art thérapeutes, m’ont grandement impactée. Un partage inoubliable, empreint de couleurs et de joie de vivre. »

Emilie Loulelis
Emilie Loulelis, art thérapeute

Charlotte Antoine, Bulgarie 2019

« J’ai eu l’immense joie de pouvoir retourner en Bulgarie en séjour humanitaire. Ce séjour m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes, de faire de nouveau suivi mais aussi de retrouver des visages de l’année passée de voir l’évolution en une année. Quelles émotions !
Des moments précieux, des échanges de cœur à cœur, des visages qui s’illuminent…
Tout au long du séjour Valéry Lamoure, Geneviève Benon et Sylvie Lamoure ont été présents. Ce sont trois personnes qui nous accompagnent, qui nous permettent d’aller voir notre potentiel et qui nous poussent avec bienveillance à être simplement qui nous sommes.
Merci pour votre belle amitié, votre belle lumière, merci de rendre tout ceci possible.
Je suis remplie d’amour et de reconnaissance d’avoir vécu cette semaine humanitaire. »

Charlotte Antoine

Fabienne, Plovdiv 2019

« Pour moi, ce séjour a été une expérience magnifique. Elle m’a permis d’avoir une autre vision sur le monde et sur ma propre réalité.
J’ai aussi ressenti un énorme bonheur à faire connaissance de toutes ces belles perles porteuses de lumière que sont chaque accompagnateur et chaque formateur.
J’ai un coeur énorme et rempli d’amour grâce aux sourires offerts par les enfants.
Un grand et inoubliable moment dans ma vie qui va m’ouvrir de nouvelles portes. Un grand MERCI à tous! « 

Fabienne dans la structure Bulgare Maria Louisa
Fabienne, Bulgarie 2019

Cambodge 2019

En février 2019 grâce à l’association Accord Emeraude , je suis partie en séjour humanitaire avec une équipe d’Art Thérapeute au Cambodge à Phnom Penh. Il m’aura fallu quelques temps pour prendre du recul sur cette riche expérience et partager ici mon ressenti.
En effet pour moi il y eut un Avant Cambodge et un Après Cambodge. Je m’explique. J’ai toujours été sensibilisée à la problématique de soutien aux pays étrangers qui n’ont pas la chance de vivre un climat apaisé comme celui que nous avons en France. Vous me direz qu’en France il y a aussi beaucoup à faire, j’en conviens tout à fait et j’essaye d’y faire ma part également. Mais globalement il suffit d’aller voyager dans le monde pour se rendre compte qu’il y a tout de même de nettes disparités de qualité de vie et que nous sommes globalement en France, en tout cas pour la plupart, plutôt mieux lotis. Tout dépend évidemment de ce que l’on considère comme qualité de vie. Pour moi, la croissance économique et la manne financière, ce n’est pas tant ce qui est important. Beaucoup de ces pays qui vivent avec peu d’argent, sont riches de beaucoup d’autres choses, comme des valeurs traditionnelles proches de la nature, du partage et de l’entraide, de la famille, etc. Mais malheureusement, beaucoup souffrent de n’avoir accès aux produits de nécessité, je parle de survie, du manque d’eau, de soins sanitaires, de nourriture.

Beaucoup sont englués dans des conflits armés depuis de longues années, pour des causes multiples, politiques et éthniques, qui nous dépassent. Et pour ceux qui sont sortis d’années de guerre, le quotidien est chargé des conséquences matérielles, physiques et psychologiques, de ses conflits plus ou moins récents. L’Art thérapie peut intervenir sur le champ de la santé mentale, avoir un impact psychologique en libérant certaines croyances liées aux traumas.

Au Cambodge, la reconstruction du pays est en marche depuis 1978, suite au génocide de la population.

« Entre le 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, un génocide a été perpétré par les Khmers rouges au Cambodge. Deux millions de Cambodgiens ont trouvé la mort par assassinat, famine ou épuisement physique et psychologique. Parce qu’ils sont nés ou ont vécu en ville, lieu de la contamination impérialiste, ils sont considérés comme impurs. Stigmatisés et triés en fonction de critères socio-territoriaux, hommes, femmes et enfants sont contraints à une rééducation idéologique et à la politique de collectivisation des terres. Champs et rizières sont dès lors transformés en vastes camps de travail à ciel ouvert, où finissent par succomber ces parias du « nouveau peuple » dans des conditions de vie et de labeur insupportables. C’est pourquoi l’émotion ressentie par la communauté cambodgienne est forte après l’annonce des arrestations en 2007 des principaux dirigeants encore vivants. » Mis en ligne sur Cairn.info le 01/03/2008

Cet héritage traumatique est encore bien présent au sein des générations actuelles. Économiquement parlant, le pays est en bonne voie, mais qu’en est-il de la santé mentale des populations de ce pays ? Beaucoup d’enfants se sont retrouvés orphelins, beaucoup de femmes se sont retrouvées veuves pour élever leurs enfants. Les enfants ont grandi, portant le fardeau psychologique de leurs parents. De nombreuses familles aujourd’hui continuent de vivre dans la survie. Les traditions viennent ajouter à ce contexte, pour beaucoup de familles, une éducation difficile des enfants. Sans revenus, beaucoup de parents ont de tout temps envoyés leurs enfants dans les rues pour tenter de grappiller quelques moyens de subsistance. Ces enfants subissent alors la violence des rues, ils sont rejetés par l’autre partie de la population et maltraités. Beaucoup sont violés très jeunes. Les jeunes filles tombent dans des réseaux de prostitution, non sans la complicité de nos compatriotes dans le tourisme sexuel, qui laissent derrière lui, des centaines de filles mères, complètement démunies.

L’association Cambodgienne «LRDE Le Restaurant Des Enfants » fait un prodigieux travail dans ce contexte pour sortir les enfants des rues en leur donnant un repas par jour, des vêtements, un peu de chaleur humaine, un autre regard sur eux. Ils peuvent y faire leur toilette, et accéder à l’école pour certains. Pour apaiser les parents, ils repartent ensuite avec un panier de légumes, ce qui les dédouane d’aller chercher dans la rue de quoi subvenir aux besoins de leur famille. Régulièrement, LRDE invite des ONG étrangères à venir aider dans le concret, bénévolement, leur travail quotidien.

C’est cette association qui nous a invités, comme depuis 3 ans, à venir offrir à ces enfants, de grandes séances collectives d’Art Thérapie , comme une parenthèse bienveillante pour les aider à s’exprimer, à venir déposer leurs émotions, par le dessin. Ce sont donc une centaine d’enfants qui ont pu bénéficier dans plusieurs endroits de la ville comme au LRDE, de notre accompagnement et de notre regard sans jugement. Les premières séances d’Art thérapie ont révélés beaucoup de violences, une frénésie quasi hystérique, pour s’apaiser au fil des jours.

Il est évidemment frustrant d’intervenir de manière si fugace, sur un séjour de 15 jours. Mais ce qui est rassurant c’est de voir à quel point les choses évoluent d’année en année. Car cette petite goutte d’eau d’intervention au service de ces enfants continue à les nourrir bien longtemps après notre retour en France. Ces enfants reçoivent cette attention désintéressée à leur encontre, ils comprennent que ce regard bienveillant et aimant, respectueux de leur personne, est possible. L’adulte peut avoir sur eux un regard sain et plein d’espoir. Nous n’arrivons pas pour leur apporter des promesses venues de l’extérieur, mais pour valoriser en eux la certitude qu’ils sont eux-mêmes des êtres emplis de ressources, et qu’il y a au fond de leur cœur une âme d’enfant qui peut et a le droit de conserver l’insouciance de son âge sans mise en danger. Ils sont capables de joie, de partage, de générosité. Ils peuvent aller vers la lumière et changer leur regard sur eux, casser ce cercle de fatalité. L’art thérapeute  travaille dans ces séances sur l’estime de soi, sur la foi en la vie et en l’être humain.

Émotionnellement pour les art-thérapeutes présent-e-s, ce fut bouleversant. Pour ceux qui n’en sont pas à leur première mission, ils ont pu prendre plus vite le recul nécessaire. Pour les autres, ce fut assez violent, et je remercie tout particulièrement l’association  pour ses supervisions de chaque jour sur place, nécessaires à se décharger après chaque jour du poids de ce concentré de tensions accumulées, pour transformer cette tristesse latente en joie et en espoir en l’humanité. Etre au service en séjour humanitaire renforce énormément ses qualités d’empathie, après avoir traversé moments de larmes et de joie mêlés. Ces enfants avec leurs regards m’ont fait grandir et m’ont apporté autant que j’ai pu leur donner. Ils ont transformé ma perception des valeurs, ont renforcé ma soif d’amour inconditionnel, m’ont rappelé au sens de la vie.

Ces enfants m’ont permis de casser les peurs, les barrières mentales qui freinaient mon engagement auprès des plus démunis. Ils m’ont accueilli dans l’essence même de qui je suis. Ils ont permis au plus profond de moi d’ouvrir mon cœur sans stratégie de défense. Aujourd’hui je travaille auprès de tous les publics en France. Dès mon retour, j’ai pu accompagner les travailleurs handicapés des ESAT en Art thérapie, avec cette même foi en l’humanité, sans aucune peur des différences d’autrui.

Ce fut un voyage initiatique. Merci !

Chrystelle Bertrand

Chrystelle Bertrand au Cambodge

Témoignages en vidéo

Bulgarie: octobre 2018

Corinne Chambry

« Je reviens avec la sensation d’avoir participé à un tissage d’Amour collectif aussi bien avec le groupe de thérapeutes qu’avec les enfants, et leurs animateurs ….nous ne parlions pas la même langue et l’absence de traduction (peu d’interprètes) m’a obligé à m’exprimer avec le coeur, et donc à me réaxer le plus possible à l’Amour en moi, à la Confiance d’être là au bon endroit, au bon moment avec la bonne personne et à cueillir ce qui se présentait …dans ce mouvement de vie, d’effervescence, de rapidité, où les enfants déposaient si vite sur leur papier en recto verso. Mon mental affolé a choisi de laisser de la place à la petite voix de l’Amour…et c’est ce climat de Confiance qui a rejoint les enfants et les animateurs…ce climat ne se traduit pas en mot, juste en ressenti… et c’est ça, qui a été présent chaque jour…Cette force a véhiculé, et je la sens encore…et mon mental habitué à douter, a laissé place à la Confiance en la VIE…ce voyage a renforcé ma détermination à avancer sur le chemin de l’Amour et à lâcher la bataille du manque Merci à chacun d’avoir autant donné …Quel cadeau !

Maria Louisa, orphelinat
Corinne Chambry à Maria Louisa

Cambodge: février 2018

Joël Lesoin (témoin extérieur)

Actuellement, des militants de l’association « Accord Emeraude » offrent leur temps et leurs compétences aux enfants de « Les Restaurants Des Enfants ».
Cette association apporte un soutien psychologique à travers des ateliers d’art-thérapie.
Armés d’une feuille de papier dessin et de pastels, les enfants expriment leurs sentiments, mais aussi leurs douleurs et frayeurs.
Le soleil se colore parfois en noir, les toits des maisons se regroupent pour former une gueule ouverte menaçante par ses crocs …
Je me souviendrai toujours de cet enfant de peut-être six ans. Je l’avais déjà remarqué, il jouait au « dur », bousculant et rudoyant facilement ses camarades. Après avoir dessiné un arbre torturé et avec si peu de vert feuillage, la thérapeute lui a dessiné un grand cœur et lui a demandé de le colorier. Le coloriage fut réalisé au départ de façon brutale en mouvements saccadés. La thérapeute pris alors la main de l’enfant pour lui montrer comment étaler la couleur … lentement et avec douceur. Lorsque l’enfant accepta de le faire, il était visible que son effort pour y arriver était immense, puis, peu à peu, tout semblait vouloir s’apaiser.
Que deviendront toutes ces œuvres ? Il faut croire en l’expérience de ces thérapeutes : les dessins les plus tristes, les plus noirs, ceux qui portent le plus un message de malheur, de peur, de tristesse, de fin de vie, de soumission, de rejet, seront peut-être détruits comme le symbole d’une page qui se referme pour permettre à une autre page de s’ouvrir vers autre chose, vers un avenir plus positif.

Joël Lesoin, LRDE


Cambodge 2017

Sylvie Lamoure

Sophie Latron

« J’ai participé au voyage humanitaire au Cambodge en février 2017,  organisé par l’association Accord Emeraude, en tant qu’art thérapeute. Difficile de raconter une telle expérience ! C’est une sorte de voyage initiatique, à la rencontre de ces enfants inconnus vers lesquels nous partons « donner », le cœur grand ouvert. Et c’est aussi un surprenant cheminement intérieur où l’on se découvre encore un peu plus soi-même. Ce qui s’est passé a été de l’ordre d’un alignement intérieur, comme la sensation d’avoir été à ma place, et de peu à peu trouver quelle est cette place. L’organisation du séjour par les membres de Accord Emeraude était formidable : tout en attention, gentillesse, présence, ce qui nous permettait de nous délester de tout souci de logistique. Expérience inoubliable, qui fait grandir…à refaire ! »                     

Sophie Latron

Inde 2014

Lydia Bossu

 » Lorsque je me remémore le voyage en Inde, une joie intense m’envahit ainsi qu’un profond sentiment d’unité intérieure. Ces souvenirs, remplis d’émotions, d’apaisement et de découverte de moi-même, c’est à dire sans interférence de l’égo en étant tout moi tout simplement, me parlent de partage, de solidarité, d’Amour inconditionnel, « d’être au service de….. » C’est en ça que ce voyage m’a permis de goûter à l’expérience des sommets:  » le point culminant de la réalisation de soi est atteint lorsque l’individu dépasse son égo en effaçant la frontière entre le moi et le non moi. Il vit alors, dans une joie profonde, l’expérience de la communion avec le monde »

L’énergie qui se dégage de l’Inde est très particulière, elle m’a reconnecté à mon être profond et a laissé en moi, des empreintes indélébiles.

Ce voyage m’a permis de faire un énorme travail de courage et de lâcher prise en dépassant mes peurs afin d’accueillir la Foi en la vie et en l’amour. 

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